CHÂTEAU de VALLERY

NECROPOLE DES CONDÉ

Mardi 13 mars 2018

 

 

Nous sommes presque 40 à braver le temps un peu maussade pour partir dans l’Yonne à la découverte d’un morceau de l’Histoire de France avec un grand H ou plutôt un grand C, la famille de Condé s’étant particulièrement illustrée dans notre pays au cours des siècles. C’est ce que nous rappelle, malgré un reste de bronchite, avec son érudition habituelle, le Pasteur Lienhardt, organisateur de cet après-midi.

Quelques rappels historiques

Pendant le voyage qui nous conduit à Vallery, le pasteur Lienhardt remet de l'ordre dans nos souvenirs historiques.

 

Le pasteur LIENHARDT est l'auteur d'une brochure sur la famille des CONDÉ, (travail de 10 années). Bien que sa diffusion soit protégée, le pasteur a bien voulu en autoriser la diffusion au sein de notre association. Nous l'en remercions chaleureusement. (diffusion restreinte)

 

NECROPOLE des CONDÉ - VALLERY
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Le fondateur de la maison de Condé, Louis de Bourbon-Vendôme, prend le titre de Prince Condé en s’installant en 1558 au château de Condé-en-Brie.(cliquez sur ce lien pour retrouver notre visite de 2010 à Condé en Brie. Nous avions été reçu par Monsieur de Rochefort)

 Oncle du futur Henri IV (fils de son frère, Antoine de Bourbon). La famille est issue de Robert de Clermont, dernier fils de Saint Louis. Ce premier prince de Condé est « petit, leste, courageux, séduisant, enjoué, peu diplomate, très sensible au charme féminin ».

En 1551, il épouse Eléonore de Royes, princesse protestante dont la grand’mère maternelle, Louise de Montmorency, est la sœur du Connétable Anne. De son second mariage avec le Maréchal de Chatillon-Coligny, elle aura 3 fils qui joueront un grand rôle pendant les Guerres de Religion.

Dès la mort du roi Henri II en 1559, étant donné la faiblesse de ses successeurs : François II, mort dès 1560, Charles IX n’a que 10 ans à son avènement, les clans se forment divisant catholiques et protestants. Un « triumvirat » veut extirper le protestantisme. Il est formé du Connétable de Montmorency, de François de Guise et du Maréchal de Saint André, constructeur du château Renaissance de Vallery. Catherine de Médicis, Régente,  s’inquiète et cherche à s’appuyer sur Louis de Condé, chef du parti réformé. Elle ne pourra pas concilier les deux partis qui vont se livrer une guerre atroce qui va durer presque jusqu’à la fin du XVIe siècle.

Le Maréchal de Saint André est tué à la bataille de Dreux, le 19décembre 1562, pourtant gagnée par les catholiques. Le Connétable de Montmorency est fait prisonnier par les protestants. Quant à Louis de Condé, il tombe aux mains de François de Guise qui l’accueille selon son rang, partageant même repas et lit avec lui….

Ayant accepté de signer l’édit d’Amboise en 1563, Condé est libéré et même reçu à la Cour où l’on apprécie « ce petit bonhomme tant joli, Qui toujours chante et rit Et toujours baise sa mignonne…. »

Il est séduit par Isabelle de Limeuil, mais vexé qu’elle lui ait cédé sur ordre de Catherine (elle fait  partie du fameux « escadron volant ». Il la quitte. Elle lui expédiera, dans un panier, le fils qu’elle aura de lui …..

 

Il retourne à Condé soigner son épouse malade. A sa mort, il devient l’amant de … Marguerite de Lustrac qui n’est autre que la veuve de Saint-André. Elle lui fait don du tout neuf château de Vallery qu’il va garder malgré la rupture de leur liaison. C’est ainsi que Vallery deviendra la nécropole des Condé. Louis se remarie avec Françoise d’Orléans-Longueville, fille de Jacqueline de Rohan, marquise de Rottelin, maîtresse du château de Blandy-les-Tours. Le Grand Condé, Louis II, 4ème prince est né à Vallery.

 

 

 

Nous arrivons à Vallery, joli petit village du Gâtinais. Le car nous dépose près du château. Nous nous dirigeons vers les communs, accotés à la poterne d’entrée, un des vestiges du château médiéval. Nous la traversons pour accéder à l’enceinte, à demi encadrée sur la droite par les anciens remparts précédés d’un pigeonnier. A gauche, une terrasse gazonnée donne accès à ce qui reste d’un bâtiment qui, achevé, aurait été un de nos plus beaux châteaux Renaissance.

Un sanglier …. de pierre heureusement, nous montre le chemin.

Nous pénétrons dans la Grande Galerie où nous reçoivent l’actuel propriétaire et son épouse. Avec beaucoup de gentillesse, il nous raconte l’histoire de son château et ses efforts pour le réhabiliter afin d’en faire un séjour de charme.

C’est donc Jacques l’Albon, maréchal de Saint-André, qui acquiert la seigneurie de Vallery en 1548.

Il décide de remplacer le château fort par une demeure au goût du jour. Il choisit Pierre Lescot (colonnade du Louvre) qui va construire un magnifique bâtiment de style Renaissance italienne, en brique avec chaînages de pierre. La galerie dans laquelle nous nous trouvons avait été conçue ouverte, comme en Italie. Mais le soleil manquant un peu dans la région…. elle fut fermée puis divisée. Elle a retrouvé ses dimensions.

A l’époque, le château est une demeure somptueuse. Depuis, il a été victime de mésaventures : le pavillon d’angle a perdu un étage, les toits ont été modifiés et, au début du XVIIIe siècle, la fille de Louis III, Mademoiselle de Sens, en proie à des difficultés financières, fait démolir l’aile Sud pour en vendre les pierres à l’archevêché de Sens….

Le pigeonnier comprend 2844 boulins. C’est le plus important de France. On utilisait la fiente des pigeons pour fertiliser les terres. Plus le domaine était vaste, plus le pigeonnier était important. Sa restauration a dû obéir à beaucoup de règles.

Du domaine des XIIe et XIIIe siècles, il reste deux portes, des murailles, quelques tours et les douves.

Pierre Lescot a revisité l’architecture italienne de telle façon que son œuvre a été retenue par Jacques Androuet du Cerceau qui la fait figurer en gravure dans son ouvrage « les plus excellents bâtiments de France ».

Vallery a bénéficié de quelques visites royales. En 1609, le 3ème Prince de Condé, Henri II, épouse la très jeune et ravissante Charlotte de Montmorency, sur ordre de son cousin, le roi Henri IV. Ce dernier est éperdument amoureux de la jeune beauté et son cousin, qui passe pour ne pas aimer les femmes, est présumé complaisant….. catastrophe ! Condé se mêle d’être jaloux  et se retire avec elle à Vallery. Le roi poursuit la belle jusqu’à Vallery, déguisé en fauconnier ou en valet de chiens. Finalement, Condé et sa femme se réfugient à Bruxelles, chez Guillaume de Nassau, beau-frère de Condé. Ce qui n’empêchera pas le royal soupirant de tenter par 2 fois d’enlever Charlotte !

Le premier Prince de Condé fit de courts séjours à Vallery où eurent lieu plusieurs réunions des chefs protestants, notamment la Conférence de 1568 avec les Coligny conférence au cours de laquelle  ils décidèrent de se replier sur La Rochelle.

Après le Grand Condé, les successeurs des princes ont peu à peu abandonné le domaine.

Son actuel propriétaire a beaucoup œuvré depuis les années 1980 pour lui redonner son lustre d’antan. Il y organise de magnifiques réceptions, notamment dans la Grande Salle des Tentures que nous visitons.  Elle évoque une des tentes du « Camp du Drap d’Or » en un saisissant « trompe l’œil » (rayures vertes et blanches, le vert étant la couleur des Condé). Au mur, les armes des Condé (à fleurs de lys) et des tableaux. Du plafond à poutres apparentes, pendent des lustres de cristal.

Nous quittons le château, traversons la roseraie (il faudra revenir au printemps !) pour gagner le pigeonnier où nous attend … la « chambre nuptiale ». On a conservé les trous de boulins (bouchés à l’extérieur pour plus de confort). Au rez-de-chaussée, une salle de bain accueille  une grande vasque de pierre, des canapés moelleux. Un escalier de fer mène à l’étage où, sous une coupole de verre trône un lit rond. La tête de lit, en bois, est sertie d’un verre dépoli, gravé de gracieuses colombes, masquant un petit cabinet de toilette. Un télescope invite à admirer les étoiles. Tout autour de la coupole court une galerie : un vrai nid d’amour !

Nous passons derrière le pigeonnier et partons pour une promenade (un peu humide) le long des remparts et des anciennes douves, sur un chemin qui mène à l’église. Dédiée à Saint Thomas de Canterbury, construite entre 1612 et 1614, elle a été plusieurs fois remaniée. Elle contient la nécropole des Condé, créée par Henri, le 3ème  prince.

C’est un caveau, situé au pied de l’autel et recouvert d’une dalle de marbre noir sur laquelle sont gravés les noms de ceux qui y reposent.

Louis, premier prince de Condé, trouva la mort à la bataille de Jarnac le 3mai 1569. Son cheval, tué sous lui, la jambe cassée, il se rend mais le capitaine des gardes suisses, Montesquiou, le tue d’un coup de pistolet tiré par derrière, dans le crâne. Son corps sera transporté à Jarnac, par dérision, sur un âne. Il sera restitué à son beau-frère, le duc de Longueville, nommé Vendôme, avec l’aide d’Henri de Navarre, son neveu, puis enfin à Vallery par Henri ii DE Cond2.

D’abord déposé dans le caveau de l’église, son cercueil est inhumé dans le sous-sol de la sacristie, le prince étant « hérétique ». Il y sera oublié, notamment à la révolution française lorsque le caveau est profané.

En  1854, le duc d’Aumale, 4e fils du roi Louis-Philippe, héritier du dernier Condé, reconstitue la nécropole et fait poser la dalle de marbre dont le pasteur Lienhardt nous commente le texte.

Le 2e prince, Henri Ier est resté protestant. Il épouse Marie de Clèves (dont le duc d’Anjou, futur Henri III avait été amoureux) à Blandy-les-Tours. Sa seconde épouse, Charlotte Catherine de la Trémoille, l’aurait fait empoisonner à Saint-Jean d’Angely en 1588. Il est enterré dans l’église, bien que protestant, car il abjure à la Saint Barthélémy en 1572, sous la contrainte, abjuration aussitôt démentie.

Henri II, son fils, réfugié à Bruxelles puis à Milan, revient en France après la mort de son rival, Henri IV. Mais sa prétention de rend si insupportable que Catherine de Médicis le fait enfermer 3 ans à Vincennes.

Il a pour fils le Grand Condé, Louis II, né à Vallery. C’est lui qui construit le superbe cénotaphe de son père que nous pouvons admirer à droite de l’église, en marbre blanc décoré de cariatides : la Justice, la Force, la Tempérance et la Prudence. Au- dessus,  une bande de marbre noir porte une statue à demi-couchée d’Henri II.

Dans la sacristie, une modeste dalle à demi-effacée : le tombeau du Ier prince. En 1852, on y a retrouvé un corps de petite taille au crâne troué et à la jambe cassée… Il y est toujours !

Dans l’église, une belle série de vitraux modernes due au  maitre verrier Sophie Berecz de Voulx. Ils sont dédiés au héros local, le chevalier Jehan, censé avoir participé à la 7e croisade, aux côtés de Saint Louis. On y voit aussi une belle illustration très colorée des Quatre Saisons.

 

Une belle visite, intéressante et originale, dont nous remercions vivement le Pasteur Lienhardt.